Interview : Hex Divided

Hex Divided a présenté son tout premier EP sobrement intitulé Hex Divided l le 3 juillet dernier. Aux commandes : Vincent Mery, ancien membre du groupe de Post-Metal Appollonia. Dix ans après la fin de ce projet, le chanteur / guitariste inspiré par Life Of Agony, Katatonia ou encore Nada Surf, propose un premier EP de six titres.

Originaire d’Ondres dans les Landes, Vincent Mery se concentre d’abord sur l’ouverture d’un magasin de musique à Bayonne. Puis, après avoir été convaincu par Franck Hueso / Carpenter Brut, il se lance en solo, corps et âme pourrait-on dire, dans Hex Divided. Là, Vincent peut enfin retrouver la passion et exprimer sa créativité à travers six morceaux tout autant empreints de technique que de sensibilité. Entre Post-Metal et parfois même Pop, la musique se veut accessible et accrocheuse. 6 chansons. 23 minutes. Un EP et un projet solo au potentiel énorme !

Interview avec un artiste singulier de la scène Post-Metal française.

« Mon réel souci a été le temps que j’ai pu consacrer à la création de cet EP. » - Vincent Mery (Hex Divided)

Il est précisé dans le communiqué que Hex Divided tend à proposer une idée du « Metal autrement ».

Quelle est ton idée précise derrière ce projet ?

J’ai aussi appris ça dans le dossier de presse, oui ! (Rires) En toute transparence, cette formule du “Metal autrement” vient de mon attaché de presse (ça fait chic dit comme ça), le flamboyant Clément de Vous Connaissez ?. Ça ne vient pas de moi, mais en lisant ça, je crois que j’ai tout de suite capté ce qu’il voulait dire, et j’ai beaucoup aimé l’idée.

Musicalement, je n’ai jamais intellectualisé Hex Divided. Je ne compose pas en me disant : “Je vais faire ça, ça et ça.” Pas du tout. Quand j’attrape une guitare ou que j’écris, il en sort ce truc-là de manière totalement instinctive. C’est un processus très naturel, ce qui ne veut pas dire qu’il est rapide ou facile – c’est un boulot énorme –, mais il est guidé par l’émotion plutôt que par la réflexion pure. C’est peut-être là que réside ce “Metal autrement”.

Modestement, j’espère amener une vraie signature, une empreinte guitaristique ou vocale qui fasse qu’après seulement quelques notes, on se dise : “Ah oui, ça c’est Hex Divided !” C’est une notion d’identité qui a un peu tendance à se diluer dans le Rock/Metal d’aujourd’hui, sans doute à cause de la profusion de sorties. Hex Divided, c’est du Metal, oui, mais infusé de tellement d’influences de toutes les chapelles du Rock que j’espère en faire un casse-tête à classifier. Le tout en restant ancré dans ce que j’aime le plus : le format chanson. Un univers heavy, mais catchy, avec de vrais refrains et des parties mémorables. Je n’ai pas la prétention de réinventer la roue, mais disons que j’espère la faire tourner un peu à ma manière.

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« Trouver un nom : un sacré bordel en perspective ! » - Vincent Mery (Hex Divided)

Pourquoi avoir choisi le nom ‘Hex Divided’ ?

Trouver un nom, c’est un vrai casse-tête. Il faut que ça sonne, que ce soit visuel pour le logo, original, peut-être que ça raconte quelque chose… mais surtout, il faut que ce soit libre parmi les millions de projets en activité sur la scène mondiale. Un sacré bordel en perspective ! Mon objectif premier, c’était le référencement : si quelqu’un tapait le nom sur sa plateforme de streaming, je voulais qu’il n’y ait qu’un seul et unique résultat pour éviter toute confusion.

J’adore le travail de Mat McNerney (Beastmilk, Grave Pleasures, Scorpion Milk, etc…). Il a aussi un projet qui s’appelle Hexvessel, et je trouve que c’est le meilleur nom de groupe du monde ! Dommage, je suis arrivé trop tard ! (Rires) Bref, je cherchais un « Hex quelque chose ». J’adore la sonorité de ce mot et ses traductions, notamment « sortilège ». Mais je ne trouvais rien qui colle.

Puis un soir, pendant un concert, je matais la foule qui semblait captivée par ce qu’elle voyait et entendait. On aurait dit que les musiciens sur scène venaient de lui jeter un sort. C’est là que ça a fait tilt : un sortilège partagé, divisé entre plusieurs personnes, est-ce que c’est pas un peu ça la musique ? Hex Divided ! Je trouvais que ça sonnait vraiment bien. Miracle : le nom était 100 % disponible ! J’ai tout de suite envoyé l’idée à deux potes. Leur retour ? « Ah ouais… c’est cool… pas mal… mais ça fait pas un peu groupe de djent ou de cyber-metal ? » J’étais dégoûté ! (Rires) Mais le flash était trop fort, j’ai décidé de le garder quand même.

L'indépendance : opportunité ou désillusion ?

Je voudrais, dans la mesure du possible et de ce que tu souhaites partager surtout, que tu me parles des revers de l’indépendance que tu as rencontrés. On sait que c’est un milieu difficile, et encore plus au fur et à mesure que le temps passe.

Oui, je vois tout à fait ce que tu veux dire… Disons que l’indépendance dans la musique, lorsqu’elle est choisie par un artiste déjà installé, peut être libératrice. Mais quand elle est subie par un projet émergent, elle devient absolument écrasante.

J’ai joué pendant un peu plus de dix ans, jusqu’en 2016, dans Appollonia, un groupe créé avec mon pote Olivier. On a sorti quatre albums, joué dans toutes les caves de l’agglomération bordelaise, un peu tourné… et avec le recul, je réalise qu’on a fait n’importe quoi. Faute d’accompagnement, nous n’avions aucune chance que ça marche — ou peut-être qu’on n’était tout simplement pas assez bons pour mériter un accompagnement non plus, j’en sais rien.

Au début, c’était une vraie posture philosophique : « On est des punks, on s’en fout, on fait tout nous-mêmes ! » Et puis le temps passe, tu n’as aucune opportunité nouvelle, il ne se passe rien, et tu te retrouves toujours à faire 400 bornes pour jouer devant dix personnes, payé un plat de taboulé et deux tickets boissons. Ou alors tu joues gratos à la maison devant les potes. Et au début c’est cool, c’est mortel même, t’es juste content de jouer ! Et puis vient un moment où la réalité te rattrape : tu réalises que tu sacrifies tes congés, tes économies et ta vie de famille pour un surplace permanent. Une usure inévitable s’installe. Je n’en veux à personne d’autre qu’à moi-même : on n’avait qu’à faire de meilleurs choix et/ou être meilleurs.

Si je transpose cette expérience à Hex Divided aujourd’hui, on ne va pas se mentir : mon indépendance n’est pas un choix. Je fais tout, tout seul parce que je ne vois pas quelle structure miserait un centime sur le projet en l’état. Le problème, c’est que pour passer à l’échelon supérieur, il faut des moyens. Je peux assumer la création de A à Z — composer, écrire, enregistrer les instruments, gérer la production, financer le mixage et l’attaché de presse pour livrer un produit fini. Mais à un moment donné, tout autofinancer, y compris la scène, représenterait une hémorragie financière que je suis incapable d’assumer seul. Et sans concerts, un projet Metal ne peut pas exister durablement.

Alors aujourd’hui, cette indépendance, elle ne me fait plus rêver du tout. Un artiste a besoin d’une structure prête à investir à perte pour bâtir un développement. En groupe, on partage les risques. En solo, à moins d’être le fils Rothschild, le modèle économique de l’industrie est intenable. Le mythe romantique de l’artiste totalement indépendant est joli, mais je n’ai aucun exemple de succès durable basé là-dessus. On peut me raconter ce qu’on veut : pas de thunes = pas de développement. Et pas de développement = pas de carrière. L’indépendance, d’accord… mais pas trop longtemps s’il vous plaît OK ? (Rires)

« 'The Faithless' est une version vaguement satanisée du 'Masters of War' de Bob Dylan » - Vincent Mery (Hex Divided)

Dans les paroles des 2 premiers titres, ‘The Faithless’ et ‘By & By’, tu évoques l’emprise, la domination des puissants sur des vies innocentes et l’espoir qu’un jour ces bourreaux payent.

T’es-tu déjà trouvé dans un état d’esprit anxiogène, oppressant vis-à-vis de ce thème on ne peut plus actuel ?

Personnellement, j’ai tendance à ne pas trop angoisser par rapport à la situation mondiale et à son impact sur mon cas personnel. Ce n’est pas de l’angoisse que je ressens, mais plutôt du dégoût, de la colère et une forme d’abattement.

Quand j’écris des paroles, je ne sais jamais vraiment de quoi je vais parler à l’avance. J’écoute la chanson instrumentale en boucle et je laisse les mots venir. On en revient toujours à cette idée d’émotion plutôt que de réflexion pure. Parfois, ça ne donne rien et je balance tout, mais d’autres fois, quelques phrases se détachent, collent à la musique, résonnent en moi et me font dire : « OK, je crois que je suis en train de parler de ça ».

Une fois le sujet identifié, je développe le texte. ‘The Faithless’ est une réaction directe à l’actualité. J’ai tendance à déjeuner devant les infos, et ces matins-là, c’était un enchaînement d’images de guerre, de massacres et de familles en larmes. Je me disais : « Bordel, c’est quand même toujours les mêmes qui ramassent : ceux qui ne peuvent pas se défendre. » En me demandant qui punirait un jour les responsables de toute cette misère humaine — qui, eux, ont tous les moyens de se défendre —, j’ai imaginé ce texte comme une sorte de Révolution française où une foule en colère viendrait réclamer la tête des puissants. J’avais en tête une version vaguement satanisée du Masters of War’ de Bob Dylan, qui mélangerait la vengeance pure à une certaine idée de la justice. C’est un peu naïf, pas très fin, mais ça fait du bien. Surtout qu’avec ma petite voix de blanc fragile, ça ne donne pas franchement un effet « Satan » ! (Rires)

« Pour 'By & By', je me suis mis dans la peau d'une personne toxique. » - Vincent Mery (Hex Divided)

‘By & By’ aborde le sujet sous un autre angle : l’emprise psychologique d’un individu sur un autre. Je me suis mis dans la peau d’une personne toxique — que ce soit un leader politique, religieux, un supérieur hiérarchique, un collègue ou un partenaire amoureux, tu mets qui tu veux derrière, les salopards sont partout — qui étend doucement son pouvoir sur quelqu’un de plus vulnérable. Le titre ‘By & By’ (petit à petit) reflète cette progression sournoise, imperceptible, qui finit par faire d’énormes dégâts. C’est quelque chose qu’on a tous vécu à différents niveaux, je n’ai pas eu à chercher bien loin pour trouver l’inspiration. Pour la blague, le refrain dit : “If you need to go nowhere, I’ll take you there, armed with teeth, and feeding on your fears.”

J’étais hyper content de cette formule “armed with teeth” pour exprimer l’idée de quelqu’un qui te manipule « armé d’un sourire. » Je me disais : « High-five mon gars, t’es le boss, super texte ! » (il faut bien s’encourager des fois). J’enregistre la chanson et, des semaines après, je réécoute ‘Diamond Eyes’ de Deftones (qui n’est évidemment pas mon groupe préféré). Dès le deuxième morceau, ‘Royal’, j’entends : “My custom-made nightmares, armed with teeth…” J’étais là “MAIS QUOI ?!? SANS DÉCONNER ?!?” Ça m’a gentiment rappelé que non, c’était pas moi le boss ! (Rires)

Quick questions!

Comment s’appelle ton magasin de musique, à Bayonne ? Peux-tu m’en dire plus ?

Avec plaisir ! Le magasin s’appelle Fuzz, et vous pouvez découvrir cette merveille d’endroit que Los Angeles elle-même nous envie sur www.fuzz-bayonne.com. C’est un lieu que j’ai ouvert en 2016 et que je tiens avec ma femme. On y vend des guitares, des disques et du merchandising. Ce n’est pas bien grand, mais on a plutôt de chouettes trucs et on est sympa (en plus d’être incroyablement beaux). Venez nous dire bonjour !

43 avis 5 étoiles, ça vaut le coup de faire un détour par la boutique, non ?

Dans le casque de Hex Divided...

Côté sorties récentes, j’ai vraiment adoré l’album solo de Jay Buchanan (de Rival Sons), un super disque d’americana ultra poignante.

Il y a aussi le dernier Carpenter Brut, Leather Temple. Je suis globalement assez allergique à la musique purement instrumentale, mais lui arrive toujours à m’emmener dans son délire.

Je ne m’attendais pas à un album aussi “Metal” de sa part, mais je le trouve excellent.

Jay Buchanan weapons of beauty sacred tongue recordings rival sons singer

It’s The Long Goodbye de The Twilight Sad m’a bien remué aussi dans le genre Post-Punk brise-cœur. Je les adore. On parlait d’identité tout à l’heure, et eux ont ce truc absolument unique : il suffit de 20 secondes pour les identifier. Le dernier Alice Cooper est toujours aussi classe et efficace. Et si on s’intéresse à la technique, la prod et le mix sont absolument atomiques. J’ai adoré le dernier Failure aussi, Location Lost. Dans le genre space-rock alternatif, ce sont les rois. Du velours.

Étrangement, parce que je ne suis généralement pas très client du côté ultra théâtral et que leur délire “on est des vampires” me scie gentiment les noix, les Anglais de Creeper le font vraiment bien. Il y a un côté super too much dans leur diptyque Sanguivore, avec des arrangements partout, une espèce de grandiloquence permanente où tu sais jamais trop si on n’est pas en plein mauvais goût total, mais les morceaux et les musiciens sont tellement forts que moi, ça m’achève. J’adore. Et puis j’ai bien aimé le dernier Foo Fighters, Your Favorite Toy. J’avais bien accroché au précédent et son côté très emo (je crois même que c’est mon préféré d’eux), mais celui-là est très bon aussi.

Côté vieilleries, je me suis replongé à fond dans l’éponyme d’Alice In Chains. Il est dur, celui-là. Tu sens que Layne (ndlr : Layne Staley, le chanteur d’Alice In Chains, décédé en 2002 à 34 ans) est proche de la fin, il est un peu absent, l’album est super noir, plein de dissonances, limite indus par moments. Terrible. J’ai aussi ressorti The Alchemy Index de Thrice, quel talent chez ces mecs ! Coral Fang de The Distillers a pas mal tourné aussi, parce que dans le genre, la Brody (ndlr : Brody Dalle, chanteuse du groupe) envoie un steak monumental dessus. Que des tubes ! Le Deliverance de Corrosion Of Conformity a bien squatté mes écoutes dernièrement avec son côté Black Sabbath sudiste. Gros fan de Pepper Keenan, de sa voix et de son jeu de gratte. Et pour finir, le premier Danzig a beaucoup tourné aussi ! Alors lui, ça m’a tout l’air d’être un connard de classe mondiale, mais que ce soit avec les Misfits ou en solo, j’adore ce qu’il fait. Grosse identité aussi.

Les collab' rêvées

Si on est dans le fantasme total, je te dirais que j’adorerais écrire une chanson pour Lana Del Rey. J’adore sa voix, son phrasé, son placement rythmique… elle a un truc unique. Je trouve ses dernières sorties un peu complaisantes, mais ses trois ou quatre premiers albums sont intouchables pour moi. Donc ouais, définitivement Lana Del Rey.

Et si j’avais droit à toutes les folies, j’inviterais aussi Grady Avenell de Will Haven sur ce titre pour amener un peu de son mojo de hurleur magnifique ! Je suis sûr qu’on pourrait faire un truc mortel tous les trois. Donc voilà, Lana, si toi aussi tu lis House of Freaks, envoie un message à Anais, elle transmettra histoire qu’on s’organise ça ! (Rires)

Si ta vie en tant qu’artiste était un film, quelle.s chanson.s en serait(ent) la bande originale ?

Eh bien, je te dirais ‘Everyday Is Exactly the Same’ de Nine Inch Nails pour l’instant, mais j’espère transformer ça en ‘Dancing Queen’ d’ABBA d’ici quelque temps ! (Rires)

Hex Divided et l'horreur

Enfin, parce que ce média s’appelle House of Freaks, j’aimerais savoir quel est ton film d’horreur préféré et ta bande originale de film d’horreur préférée.

Alors là, je suis désolé, je vais être une déception totale, Anais ! Je suis une vraie flipette, donc j’ai tendance à ne pas trop regarder de films d’horreur. La dernière fois, on a regardé Sinister à la maison, avec un démon qui s’appelle Bughuul… J’ai plus pu me lever la nuit pour aller pisser pendant une semaine. L’enfer ! J’aime beaucoup les vidéos de corgis et de golden retrievers, par contre, donc je suis peut-être plus calibré pour faire une interview pour House of Corgis ! (Rires)

Un futur concept, peut-être ?

Merci Vincent d’avoir pris le temps de répondre à mes quelques questions ! Si tu souhaites amener ton projet sur scène, j’espère avoir l’occasion de te voir en concert à Lyon prochainement.

Merci à toi surtout Anais, c’était un plaisir ! J’espère qu’on pourra amener ce truc là sur scène oui.

Je te ferai signe si ça passe par Lyon. Merci encore à toi et bonne continuation à ton zine !!! 🫶

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Crédit : Mirabolle

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Hex Divided

Origine : Ondres, France

Genre.s / sous-genre.s : Alternative Metal / Metal atmosphérique