Chronique : Green Day - Saviors

En ce début d’année, Green Day revient avec Saviors, son quatorzième album et douzième chez Reprise Records, et crée l’événement un peu partout, notamment dans le métro de New York. En tout cas, c’est aussi mon événement. Grande fan du groupe qui se respecte, j’attendais ce retour avec impatience. En l’espace de quatre ans, Green Day est passé d’un excellent Revolution Radio à un plus que moyen Father Of All…. Ainsi, ne voulant pas situer mes attentes entre la hype et la peur d’être déçue, je me suis laissée surprendre par ‘The American Dream Is Killing Me’, sorti le 24 octobre 2023. Ma hype remonte et je sens que cet album peut être le troisième d’une belle « trilogie du 4 » : Dookie en 1994, American Idiot en 2004, Saviors en 2024 ? La confirmation de ce pronostic nous est donnée ce vendredi 19 janvier, date de sortie de l’album.

De l’East Bay, Californie à l’intronisation au Rock’n’Roll Hall Of Fame en l’espace de presque 30 ans, Green Day n’a pas oublié ses racines punk rock du début des années 90. Tout le succès aurait pu amener le groupe à apposer son nom au même niveau que des artistes inaccessibles et dont l’esprit artistique a complètement disparu. Nommé 20 fois aux Grammys, le trio américain a à ce jour vendu plus de 92 millions d’albums, sans compter les ventes de Saviors, l’album étant sorti il y a moins d’une semaine.

« She's gonna bang her head like 1981 »

Il ne m’aura pas fallu longtemps pour retomber amoureuse de la musique de Green Day en écoutant ce nouvel album. On retrouve la recette dont seuls les musiciens ont le secret, à savoir mêler les sonorités qui les ont propulsé sur la scène internationale à des riffs de guitares efficaces, comme sur ‘One Eyed Bastard’. La construction de ce titre me fait d’ailleurs penser à ‘Holiday’, l’un des singles extraits d’American Idiot. Entre morceaux contagieux comme ‘The American Dream Is Killing Me’, ‘Look Ma, No Brains!’ ou encore ‘1981′ – jouée d’ailleurs au concert donné au Bataclan début novembre -, Green Day a encore des choses à partager. En effet, la formation commente l’état du monde actuel dans la continuité de ce qu’elle dénonçait sur American Idiot.

Considéré comme le porte-parole de toute une génération, Green Day a toujours placé ses opinions politico-sociales au coeur de sa musique. En effet, le groupe reste ainsi dévoué à son art provocateur et fidèle à la personnalité engagée et grande gueule de ses trois membres. Si cela a pu faire grincer des dents, cela lui a permis, au-delà de sa musique, de détruire les limites imposées au genre. Sur Saviors, le reflet de l’esprit punk rock militant rencontre celui des émotions de son chanteur, notamment par la chanson ‘Father To A Son’, dédiée à ses deux fils. Les textes de celle-ci sont très touchants, le chanteur et guitariste du groupe se livre sans retenue en mentionnant notamment ses erreurs de parcours : « Well, I made a few mistakes but I’ll never break your heart ». ‘Dilemma’, avec sa mélodie plus entraînante, lui permet également de revenir sur ses problèmes d’addiction.

« Will I ever see your face again? Not just photos from an Instagram »

La nostalgie est également un thème récurrent sur Saviors, notamment le passage ci-dessus, à écouter sur ‘Suzie Chapstick’. De même sur ‘Strange Days Are Here To Stay’ sur laquelle on peut entendre le passage suivant :

Strange days are here to stay
Ever since Bowie died
It hasn’t been the same
All the madmen going mental
Grandma’s on the fentanyl now
Strange days are here to stay

La mention du nom de David Bowie me fait penser que la mort du musicien, survenue en 2016, a été un bouleversement dans le monde de la musique. Dois-je également mentionner le titre ‘Living In The 20s’ dont la première ligne nous met directement dans l’ambiance : « Another shooting in a supermarket ». L’approche presque blasée, ironique dans l’écriture de ce titre dramatise encore plus les mass shootings qui ont lieu aux États-Unis. Malheureusement très courantes, elles font parfois l’objet que de quelques lignes dans les faits divers du monde entier.

À contre-courant d’une nostalgie imprégnée dans les textes de Saviors s’élève l’état d’esprit d’une génération désabusée vivant à 100 à l’heure. Sur ‘Fancy Sauce’, qui clôture l’album, l’humeur est à la folie au point d’arracher la tapisserie des murs d’un hôtel et de comparer les chaînes d’informations à des dessins animés, comme si toutes les tragédies du monde n’étaient pas réelles et qu’il fallait simplement éteindre la télé pour revenir à la réalité. ‘The American Dream Is Killing Me’, la première piste de Saviors, lui fait écho. Celle-ci représente un ‘American Idiot’ 2.0, une version malheureusement remise au goût du jour et qui évoque les fléaux du monde actuel : crises du logement, du chômage, les mauvais penchants des réseaux sociaux… En bref, un monde bien loin du rêve américain.

« Sick boy and I shit the bed »

Oh, la référence au film Trainspotting dans le titre ‘Look Ma, No Brains!’ dont la thématique contraste avec le sérieux de ‘The American Dream Is Killing Me’ ou encore ‘Father To A Son’ dont je parlais plus haut. Si Billie Joe Armstrong fait ressortir son côté stupide sur ce titre, il sait également revenir à des thèmes plus sérieux et toujours actuels comme sur ‘Bobby Sox’, dont l’idée est de mentionner sa bisexualité depuis longtemps assumée. Voici le clip officiel, sorti vendredi également :

L’esprit punk et rock’n’roll de Green Day se balade à travers les quinze titres qui composent Saviors. Certains riffs sont l’identité même du groupe, de même que les paroles provocantes voire acerbes. Il y a quelques mois, la rumeur selon laquelle l’album devait s’intituler 1972 circulait au sein des médias. Je pense que si le trio avait gardé ce titre, l’objectif de l’album aurait été moins porteur : dénoncer, provoquer, repousser ses limites, incarner cet esprit punk rock qu’on leur connaît… À plus de 50 ans, Billie Joe, Mike et Tré parviennent – à nouveau – à parler à la nouvelle génération, comme ils ont pu le faire par deux fois auparavant : en 1994 et en 2004.

« Green Day is not your savior. », a écrit l’équipe du groupe en introduction des derniers communiqués de presse. Dans mon cas, cela s’est avéré faux pendant ma période du collège, mais j’en parle mieux dans la vidéo de Wild Boy Productions.

Green Day saviors reprise records Warner records punk rock the American Dream is killing me dilemma
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Green Day
Saviors

Origine : Californie, USA

Date de sortie : 19.01.2024

Labels : Reprise Records / Warner Records

Genre.s / sous-genre.s : punk rock / rock

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